Babi Badalov, des maux et des mots

Une volonté inchangée d’emprunter les chemins de traverse, d’explorer les interstices, de cueillir les voix considérées comme dissonantes par le monde de l’art... La galerie Poggi propose en ce printemps, une plongée en eaux vives avec un éternel “migrant malgré lui”, Babi Badalov.



Rarement le parcours d’une vie et ses multiples chaos n’aura imprimé une œuvre avec autant d’expressive sincérité. Babi Badalov est né au cœur des montagnes Talych, dans un petit village d’Azerbaïdjan, alors rattaché à l’ex-URSS. Après une formation à l’école des Beaux-Arts de Bakou, il accomplit son service militaire près de Moscou. Il y connaîtra une première expérience “initiatique” du racisme et de la discrimination. Cette sinistre petite musique résonnera alors de façon récurrente aux oreilles de l’homme au crâne tatoué. Sa profonde altérité ne cessera de se rappeler à lui lorsqu’il sillonnera les pays dans lesquels il pense s’établir un temps et travailler. En Californie, il conçoit sa devise-étalon “I’m an Art-East”, titre éponyme de sa première exposition aux Etats-Unis. Vagabond passe-frontières, il explore les différentes langues de ses “pays de passage”. S’appropriant avec une inventivité unique l’intimité des mots et de leur champ sémantique, il érige un langage devenu matière première de sa pratique artistique. A l’issue de trois années de clandestinité en France, il obtient le statut de réfugié politique (2011). Pas de doute que la galerie Poggi porte haut le vocabulaire badalovien.


“Babi Badalov : De More Cry Sea”, jusqu’au 27 mai à la Galerie Poggi, 2, rue Beaubourg, 75004 Paris.


Babi Badalov, “Body Borders”, 2017, peinture sur tissu. Courtesy Galerie Jérôme Poggi, Paris. Babi Badalov, “Orientalism”, 2017, peinture sur tissu. Courtesy Galerie Jérôme Poggi, Paris. Babi Badalov, “Je m'appelle”, 2017, peinture sur tissu. Courtesy Galerie Jérôme Poggi, Paris. Babi Badalov, “Blooming Beneath”, 2017, peinture sur tissu. Courtesy Galerie Jérôme Poggi, Paris. Babi Badalov, “Formal East”, 2017, peinture sur tissu. Courtesy Galerie Jérôme Poggi, Paris. Babi Badalov, “De More Cry See”, 2017, peinture sur tissu. Courtesy Galerie Jérôme Poggi, Paris. Babi Badalov, “Nationalism”, 2018, peinture sur tissu. Courtesy Galerie Jérôme Poggi, Paris.