Le best of des restaurants parisiens par Emmanuel Rubin

Pas encore rendu officiel mais vérifié : pas de réouverture des restaurants, bistrots et brasseries avant Pâques... Au mieux. Alors en manière de soutien, au sens propre comme au figuré, Emmanuel Rubin livre ici son classement en sept tables, toutes nées en 2020 à Paris, et dont la plupart propose un service de vente à emporter. A découvrir, donc, sans modération.


Photo © Restaurant Pétrelle.


“Palmarès sincère d’une année trop particulière


Par Emmanuel Rubin


Meilleure table : Pétrelle

On donnerait bien du “il était une fois” pour raconter Lucie et Luca, elle en coulisse de cuisine, lui dans la valse des flacons, ensemble à révéler l’une des maisons les plus réussies de l’année. Ni hors l’époque, ni vraiment dedans, ce Pétrelle a l’émotion d’installer un décor de conte et un temps qui n’appartient qu’à lui, mélange de douceur et de prévenance. Et les assiettes de vous faire tomber sous ce charme : les girolles dans l’élan d’un jaune d’œuf confit, d’une brioche et d’une transparence de lard, les Saint-Jacques dans leur coquille mais en beurre de tagète et amandes, le pithiviers levant sa dentelle sur un frou-frou végétal et un ruban de crème à la Fourme d’Ambert. Intérieur habité, recettes incarnées, il n’y a pas loin, ici, de la naissance d’une maison.

La note, svp ! Env. 50 € sans les vins.

Où et quand ? 34, rue Pétrelle, Paris 9e. Tél. : 01 42 82 11 02. Tous les soirs, fermé lundi et mardi.

Photo © Restaurant Pétrelle.


Meilleure brasserie : Le Rochechouart

Les brasseries sont dans nos mémoires, nos fantasmes, nos vies, nos pas. Elles se choisissent souvent des boulevards, comme si ce côté des villes ajoutait à leur climat. Celle-ci donc sur Rochechouart, au revers d’un lointain hôtel récemment ré-enchanté dans sa superbe années 1920. Celle-ci surtout dans l’émotion d’un décor en volume de paquebot transatlantique. On s’y croirait dans une scène de cinéma. Le lieu a ce roulis, heureux de marquer le temps autour de nourritures à qui l’on n’en voudrait peut-être même pas d’être anodines mais qui se révèlent vraiment soignées, tenant le genre sans le singer. Leur simplicité bourgeoise épate à se faire remarquer au guéridon comme dans l’assiette : l’os à moelle, l’œuf cassé champignons, le tartare exemplaire, l’onglet de veau moutarde, la sole Mikado à partager, tous bien disposés dans le reflet de l’argenterie.


La note, svp ! Entre 35 et 50 €, hors boissons.

Où et quand ? A l’Hôtel Rochechouart, 55, boulevard de Rochechouart, Paris 9e. Tél. : 01 42 81 99 10. Tous les jours. Click & collect.

Photo © Le Rochechouart.


Meilleure relance : Les Petits Parisiens

Là qu’il y a vingt-huit ans, sans plus de retape que la grosse envie de rallumer le feu d’une bistrotte alors grabataire, Yves Camdeborde lança sa fameuse Régalade. Là que lui succède aujourd’hui une table bien dans la gueule, bien dans l’esprit. Les fourneaux s’ouvrent encore sur une salle franchement rafraîchie tandis qu’au creux de l’assiette s’installent toujours ces impeccables recettes consolantes (poireaux vinaigrette, côte de bœuf, riz au lait), toujours un appétit (la saucisse de Morteau associée au velouté de panais, le pan de veau proche et friand d’un osso bucco sans l’embarras des os) et désormais quelques recettes plaisantes à voir ailleurs si l’on y salive (l’œuf jaune confit balsamique cravachant les champignons de Paris, l’espadon comme déniaisé à se frotter de riz croustillant, beurre de wasabi et pickles).


La note, svp ! Menus (déj) à 25 et 29 €. Menu-carte à 39 €.

Où et quand ? 49, avenue Jean-Moulin, Paris 14e. Tél. : 01 45 43 72 97. Fermé dim et lun.

Click & collect.

Photo © Thomas Dhellemmes – Atelier Mai 98.


Meilleure flambe : Mun

Retour et revanche des Champs-Elysées, n° 52 de l’avenue, un hall vaste comme les songes, une hôtesse en silhouette kimono, une cabine d’ascenseur et sept étages plus loin, plus haut : où sommes-nous ? Paris, Hong Kong, Shanghaï ? Plus sûrement dans une Asie de fantasme, aguicheuse et assumée à vous glisser dans ses miroirs. Il y a là bar, alcôve, velours, lumières dans leur crépuscule, couleurs à motifs, ombres au travail et ce sentiment d’une cosmétique pas malhabile à dispenser les intimes et à vous pousser vers ce toit terrasse comme un jardin suspendu, dernier salon avant les étoiles. Les nourritures ne sont alors pas si mal inspirées à décrocher les nouvelles lunes mondialo-nippones, légères à la baguette et dociles à accompagner ce vertige parisianiste.


La note, svp ! De 50 à 100 €.

Où et quand ? 52, avenue des Champs-Elysées, Paris 8e. Tél. : 01 40 70 57 05. Tous les jours.

Photo © restaurant Mun.


Meilleur “d’ailleurs” : Mi Kwabo

Sans attendre, saluer la sensation forte de ce micro-resto audacieux à verser de l’inédit aux cuisines d’Afrique. Longtemps que l’on attendait celui qui ne paniquerait pas à bousculer un peu ce vertige de continent, le sortirait gentiment de ses quartiers yassa-mafé, lui raffinerait un peu les racines. Et voilà Elis Bond, précieux autodidacte fort de ne pas s’interdire et frais bourlingueur de fourneaux qui place l’afro-caribéen (son formidable garde-manger, son vaste matrimoine) sur l’orbite de la créativité, du sensible et de l’inattendu (samoussa patate douce et confit de canard, cabillaud au beurre, fumé au barbecue, bouillon ail-gingembre, riz et haricots rouges). S’en convaincre encore aux tours et détours d’un épatant manioc composé en trois façons, révélant beau jeu de texture, de volume et de saveur. Mieux qu’un voyage, une table d’éveil


La note, svp ! Menus à 30 € (déj), 40 et 50 €.

Où et quand ? 42, rue Rodier, Paris 9e. Tél. : 07 64 05 69 32. Fermé dim, lun, mar (midi) et mer (midi).

Photo © restaurant Mi Kwabo.


Meilleur asiatique : Brigade du Tigre

Et d’avouer qu’à seulement lire la carte que l’on coche soi-même sur une petite fiche pour passer commande, il n’y a pas loin d’une drôle de zébrure du côté de ce « bistrasiatique. » Car si la bistronomie, fatiguée de ses caricatures, se demande souvent où elle va, les baguettes d’ici lui indiqueraient comme une direction. Peut-être un sens. Et de croiser au palais des petites recettes touffues, souvent régalante, parfois intrigantes, ramassant, en bouchées vives, le végétal de l’époque, la gouaille de comptoir et les tournures, les vapeurs, les épices sino-nipo-coreo-thaï. Ça claque à se gober en vrac : bouillon volaille-crevette, chou fleur en tempura sauce XO, œuf mayo soja, raviolis grillés de champignons en soupe Tom kha de pomme de terre, le crabe mou frit sauce vierge et saté, l’étonnant sushi de cochon…


La note, SVP ? Entre 20 et 40 € selon que l’on soit plus ou moins joueur.

Où et quand ? 38, rue du Faubourg Poissonnière, Paris 10e. Tél. : 01 45 81 51 56. Tlj sf sam. et dim. Click & collect.

Photo © Geraldine Martens.


Meilleur bistrot : Les Deux Gares

Epatant repaire qui vaut d’abord par son volontarisme à réparer l’urbain d’un rade très oublié, soudain remonté comme un coucou rétro. Un rare Paris d’entre deux gares que l’on prolonge avec cette bonne morale de formule déjeuner qui, sans singer les menus ouvrier d’hier, n’en installe pas moins la vertu d’un prix juste et cette ardoise du jour le jour, pertinente à porter le terroir parisien de nos nouvelles années 20. Ça commence sur un ton de guinguette (anchois, rillettes, saucisse sèche) avant que de siffler des recettes au plus près du panier et de l’à-propos. Voila du troussé sans tortiller, de l’appétit verdi, des alliances bien balancées, un thon réveillé d’une vague cerise-coriandre, un foie gras au potager (rhubarbe et concombre), des fruits de saison rafraîchis au sorbet de livèche.


La note, SVP ? Formules à 18 et 23 € (déj, sem). Env. 20 – 35 € le soir.

Où et quand ? 1, rue des Deux-Gares, Paris 10e. Tél. : 01 40 38 17 05. Tlj. sf. dim. et lun. Click & collect.

Photo © restaurant Les Deux Gares.



Plats à découvrir dès à présent ou à fantasmer en attendant la réouverture des lieux...

Photos © restaurant Pétrelle. Photos © restaurant Mun. Photos © restaurant Mi Kwabo. Photos © restaurant Les Petits Parisiens. Photos © restaurant Brigade du Tigre. Photos © restaurant Le Rochechouart. Photos © restaurant Les Deux Gares.





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