Nouveau chapitre pour la Fondation Pernod Ricard

Une énergie neuve anime la Fondation Pernod Ricard qui, après son changement de nom, se déploie depuis mai dernier dans un nouveau bâtiment adossé à la gare Saint-Lazare. Avec l’ambition d’étendre et consolider son soutien à la scène française.


Fondation d’entreprise Pernod Ricard © Ferrier Marchetti Studio / Photo Thomas Lannes


Longtemps, son identité s’est incarnée Rue Boissy d’Anglas, dans le 8e, où depuis 1999, elle a officié comme véritable incubateur-révélateur de la création française. Sous la direction de Colette Barbier, la Fondation Ricard s’est hissée au rang des institutions privées les plus reconnues en matière d’art contemporain. Urbi et orbi, son action de soutien aux artistes s’étant rapidement étendue à l’étranger : à la Biennale de Venise et via des expositions organisées dans des lieux partenaires idoines en termes de profil. Car la Fondation, devenue Pernod Ricard au 1er juillet 2020, est atypique à plusieurs égards. Par sa programmation affûtée d’expositions et de conférences, et la générosité dont elle fait preuve à l’égard des artistes avec un Prix annuel assorti d’une exposition médiatisée et de l’achat d‘une œuvre offerte au Centre Pompidou ; mais également des visiteurs et de tout projet neuf et pertinent que créateurs et commissaires lui soumettent.


Cette ouverture d’esprit se manifeste désormais dans un bâtiment de verre de quelque 20 000 mètres carrés. Adossé à la gare Saint-Lazare – la deuxième d’Europe (110 millions de voyageurs annuels) et la plus fréquentée de France, avec le plus grand nombre de trains au départ – il abrite le siège mondial du Groupe de vins et spiritueux crée en 1975, et accueille 900 collaborateurs, sur les près de 18 500 que compte l’entreprise, forte de 86 filiales. De cet imposant bâtiment conçu par les architectes Jacques Ferrier et Pauline Marchetti, une partie du rez-de-chaussée a été dévolue à la Fondation, désormais accessible de plain-pied (et non plus située à l’étage). Un quartier bruissant, aux antipodes de l’environnement feutré de sa précédente adresse, et en phase avec le projet nourri dès 2007 d’une installation dans un lieu délesté d’un voisinage trop associé au luxe. Les recherches ayant alors été infructueuses, la Fondation avait trouvé un biais architectural en faisant aménager par Jakob et Mac Farlane l’entrée principale non plus via la galerie de la Rue Royale et ses enseignes de prestige, mais Rue Boissy d’Anglas, plus discrète.

© Fondation d’entreprise Pernod Ricard et Ferrier Marchetti Studio


Le désir de gagner un quartier ancré dans un rythme de vie et d’activité plus soutenus s’étant cristallisé ces deux dernières années, allié à la volonté de Pernod Ricard de réunir ses filiales et entités en un même lieu a ainsi constitué pour la Fondation une opportunité de rejoindre le siège, et naturellement de changer de nom pour embrasser l’ensemble de l’identité. Ce qui permettra de renforcer le déploiement de la programmation d’expositions d’artistes à l’étranger. “Nous étions très heureux de cette perspective car nous changions d’échelle, tout en demeurant dans un environnement à taille humaine”, souligne Colette Barbier. De fait, la superficie d’action passe de 350 mètres carrés (dont 50 étaient occupés par les bureaux de la direction et de l’administratif) à 1 000 mètres carrés, au sein desquels l’espace d’exposition stricto sensu continue de s’étendre sur 300 mètres carrés assortis toutefois d’une remarquable vue sur les quais de la gare, dont les artistes ne manqueront pas de s’emparer. Dans la nouvelle configuration de l’espace, confiée par Colette Barbier à l’agence NeM (Lucie Niney et Thibault Marc) qui a œuvré notamment pour le Centre d’art Bétonsalon et la Bourse de Commerce, de nouveaux “outils” étoffent solidement l’offre de la Fondation. Un café-restaurant (de 10h à 19h), orchestré par Franck Baranger – à la tête des restaurants (plébiscités) Caillebotte, Pantruche, Belle Maison et Coucou – et ouvrant sur un vaste parvis procure une perspective de halte chaleureuse.



Fondation Pernod Ricard - Photo Thomas Lannes


Dans le prolongement se trouve une librairie dont le catalogue de 400 références est piloté par After 8 Books – éditeur indépendant d’ouvrages et d’éditions limitées d’artistes – qui dispose d’une librairie dans le 10e, et assure également la sélection d’ouvrages du très pointu KW Berlin. Une bibliothèque d’environ 500 ouvrages, revues, magazines en libre consultation, un auditorium de 112 places ouvrant par de hautes baies vitrées sur la rue et l’esplanade de la gare, et un large espace intermédiaire baptisé “Traverse” enrichissent le dispositif. Dotée de gradins, de rideaux occultant, si besoin, la vue sur rue et d’une importante hauteur sous plafond la Traverse permet d’envisager de nombreux usages : performances, projections, théâtre, installations d’œuvre monumentale… Autant de nouvelles ressources pensées pour les artistes et le public, et par les artistes.


Fondation Pernod-Ricard - Photo Luc Boegly


Ainsi, Mathieu Mercier a dessiné la bibliothèque et, à l’invitation de la Fondation, a doté l’espace rectangulaire situé en hauteur d’une peinture sur toile qui sera visible durant six mois. Puis, sur le principe du passage de relais d’un artiste à un autre artiste proposé par Mercier, une nouvelle œuvre sera installée. Robert Stadler (cofondateur de Radi design) a conçu les chaises ; Neil Beloufa (commissaire d’exposition du 20e Prix Fondation Pernod Ricard) a imaginé deux luminaires ; Katinka Bock (lauréate du Prix 2012) a dessiné un tapis, posé directement sur le sol en béton ciré ; Benoit Maire, lauréat du Prix 2010, est présent via deux chaises acquises par la Fondation ; Marie Lund a réalisé les poignées de porte ; Natsuko Uchino a élaboré la vasque et des carreaux de céramique ornant les toilettes. “Nous allons continuer d’enrichir le lieu de ces différentes collaborations avec des artistes”, souligne Colette Barbier. Tout ici a été réfléchi pour parfaire l’accueil du visiteur : des casiers fermant à clef librement accessibles où déposer casques et sacs à dos, à la table à langer installée dans les toilettes pour hommes…

Fondation Pernod Ricard - Photo Thomas Lannes

Si le montant des travaux demeure confidentiel (le budget en a été voté avant la pandémie et ils ont été réalisés entre les deux confinements), Colette Barbier indique que le budget de soutien aux artistes a été augmenté de 20% pour répondre à l’évolution du Prix qui, désormais, prévoit leur accompagnement sur une année entière. Afin de capter de nouveaux visiteurs, dont ceux de proximité, une chargée du développement des publics et de la médiation a été recrutée, portant à sept le nombre de salariés de la Fondation, dont la directrice envisage un doublement de la fréquentation, plaçant ainsi son objectif à 50 000 visiteurs.

L’exposition collective inaugurale “Le Juste Prix”, confiée à Bertrand Dezoteux, par son humour et une certaine joie de vivre devrait mobiliser les visiteurs. A commencer par les 900 collaborateurs du Groupe présents dans l’édifice, dont la moyenne d’âge se situe entre 35-40 ans : “les sensibiliser à notre programmation artistique et culturelle est l’une de nos missions, indique Colette Barbier, c’est la volonté de notre président, Alexandre Ricard, de faire irradier l’art au sein du Groupe, comme avant lui, son grand-père et son oncle, qui ont toujours manifesté un vif intérêt pour l’art.” Ainsi, ce nouvel espace, en adéquation avec les aspirations et les ambitions de la Fondation, risque fort de devenir l’un des rendez-vous culturels et conviviaux parmi les plus fréquentés de la capitale.

Fondation Pernod Ricard, 1 cours Paul-Ricard, 75008 Paris. “Le Juste Prix”, du 19 mai au 12 juin. “Isabelle Cornaro”, commissariat Mouna Mekouar, du 21 juin au 31 juillet.


Vues de l'exposition Le Juste Prix @Aurélien Mole - Fondation Pernod Ricard